Je ne sais pas vraiment par quel bout commencer cet article. J’ai tourné la dernière page de « Les matins de Jénine » il y a 10 minutes, et je ne peux pas attendre plus pour vous partager la gigantesque claque je me suis prise à la lecture de ce roman.
C’est un sujet délicat : le conflit Israélo-Palestinien, et je ne voudrais choquer personne. Par avance, si mes propos vous dérangent, je vous prie de m’en excuser.
Pour moi, le conflit Israélo-Palestinien, ce sont des dates, des faits historiques, et des flash info. Camps de réfugié de Jénine, Bande de Gaza, Ariel Sharon, Yasser Arafat, Beyrouth, accords de Camps David, attentats à la bombe, Cisjordanie, accord de paix et cessez-le-feu. Autant de mots auxquels nous sommes régulièrement confrontés dans les infos, mais qui me paraissent pourtant tellement lointains, comme sur une autre planète.
Et pourtant il y a 3 ans, j’ai passé 10jours en Israël. J’ai vu les soldats, j’ai vu le mur à Bethléem, je me suis intéressée au conflit, mais de loin, froidement, après tout, ça ne me concerne pas. Comme beaucoup, je pense, j’en était venue à la conclusion qu’il est impossible de prendre parti, que Israéliens et Palestiniens avaient chacun leurs torts, leurs raisons, et basta.
Je crois que c’est la grande force des romans historiques, ils nous aident à mettre l’humain au coeur de l’Histoire. Cela n’a pas manqué avec « Les matins de Jénine », une saga sur 3 générations d’une famille Palestinienne.
Le roman commence en 1947, en Palestine. Une famille (arabe donc) vit depuis 8 générations sur ses terres, vivant de la culture des olives et d’agrumes, mais tout bascule en 1948 avec la création de l’Etat d’Israël. Le village entier est déporté dans un camps de réfugié, dépouillé de ses terres du jour au lendemain, et un enfant disparait, volé par un soldat Israélien.
Les 40 années qui suivent ne sont que massacres, déportation et familles séparées, au rythme des évènement qui jalonnent ce conflit. Mais la grande force de Susan Abulhawa, l’auteur du roman, est de poser un regard certes terrible et emprunt de douleur sur ces évènements, mais aussi plein de lumière, de joie et de profondeur. Pour ceux que cela aurait pu rebuter, ce roman n’est donc pas glauque, il est triste, poignant, mais beau.
J’avais toujours eu le sentiment – sentiment sans doute cultivé par la presse assez largement pro-Israélienne – que dans cette histoire, les Israéliens étaient les gentils colons qui voudraient vivre en paix, et les Palestiniens une bande de terroristes enturbannés poseurs de bombes. Ce roman a diamétralement changé ma façon de voir les choses, j’ai compris la souffrance des Palestiniens, j’ai compris leur révolte, j’ai compris le pourquoi de ces bombes et de ce conflit sans fin.
Je n’en suis pas devenue particulièrement pro-palestinienne pour autant, car je pense toujours que ce conflit me dépasse. Mais j’ai découvert que la Palestine, avant d’être un acteur de ce conflit dramatique, était une victime de plus de la Shoah, un dommage collatéral de la Seconde Guerre Mondiale, et que tout cela avait un sens.
Je ne lirais plus la presse avec le même regard, ce n’est pas mon opinion qui a changé, c’est mon regard, il est devenu plus humain.








